« Le développement personnel » : aux origines d’un concept

Homme morcelé

Les pratiques dites de « développement personnel » sont nombreuses et variées. Elles résultent d’influences multiples, expérimentales et thérapeutiques, ayant produit au fil du temps un « hyper-marché » des pratiques proposées que nous connaissons aujourd’hui.

Le « développement personnel » viserait à produire des effets d’amélioration d’un mieux-être, d’un mieux-vivre, chez les personnes en souffrance, divisées, en quête d’amélioration de leur équilibre de vie et de santé mentale.

Pour cela les pratiques de « développement personnel » se sont inspirées de divers courants de pensées (philosophiques), de disciplines thérapeutiques liées à la santé mentale (psychiatrie, psychanalyse, psychologie), de disciplines scientifiques (sciences cognitives et comportementales), de croyances et d’approches ésotériques…

Il n’existe cependant aucune définition institutionnelle, officielle, du « développement personnel ». En 2011 la revue Sciences Humaines proposait la définition suivante « les techniques de développement personnel visent à la transformation de soi : soit pour se défaire de certains aspects pathologiques (phobie, anxiété, déprime, timidité), soit pour améliorer ses performances (mieux communiquer, gérer son temps, s’affirmer) » (1). Nous pouvons voir ici l’éventail ouvert par cette définition si vaste

Pour comprendre d’où viennent les concepts de « développement personnel » il est nécessaire de revenir à une généalogie dans le champ de la santé mentale qui a fleuri au cours du XX ème siècle.

Les apports des travaux de Carl Gustav Jung JUNG (1875-1961), fortement inspiré par les expériences paranormales et mystiques, ont largement contribué à définir les fondements théoriques du « développement personnel ». La « psychologie des profondeurs » telle que l’a théorisée Carl Gustav Jung est aux fondements théoriques des concepts de « développement personnel ». Dans sa construction de sa « psychologie des profondeurs », Jung a fait une distinction théorique entre deux instances psychiques : le « Moi » et le « Soi ». Jung définit le «  Soi » comme le centre de la personnalité (2). Dans ses travaux Jung vise à promouvoir la réalisation de son « Soi ». Dans cette voie, Jung va créer le concept d’individuation, dont le processus qu’il décrit aurait un impact concret sur la collectivité ; En s’émancipant, en se réalisant soi même, l’individu permettrait au monde de s’émanciper aussi.

Dès lors, de nombreux domaines de la psychologie se développeront en s’inspirant largement de ce concept de développement de la personnalité de l’individu : La réalisation de soi, l’accomplissement de soi, la libération de son potentiel, la transcendance de soi…

De l’individuation à l’individualisme, de l’auto-nomie au « self-made man », nous verrons comment de ces premiers fondements du « développement personnel » ont découlé un foisonnement de pratiques parapsychologique diverses et variées, constituant le marché que nous connaissons aujourd’hui dans nos sociétés contemporaines occidentales.

Avant de poursuivre sur les autres figures ayant participé au fourmillement des inventions et pratiques de « développement personnel », arrêtons nous un instant sur le personnage très complexe de Carl Gustav Jung (1875-1961).

la suite dans un prochain article…

(1) Apprendre à vivre. Des philosophies antiques au développement personnel, Les Grands dossiers des Sciences Humaines, n° 23, juin-juillet-août 2011, p. 76.

(2) « le Soi est une entité surordonnée  au Moi. Le Soi embrasse non seulement la psyché consciente, mais aussi la psyché inconsciente et constitue de ce fait pour ainsi dire une personnalité plus ample, que nous sommes aussi…. » «  Ma vie.. » Carl Gustav Jung – Folio – Gallimard 1973 p.462