L’épuisement professionnel : un paradoxe ?

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:QVT
epuisement professionnel

Depuis ces vingt dernières années, la dématérialisation et l’accélération des échanges (emails, sms, réseaux sociaux, etc), dues aux innovations technologiques numériques, ont profondément changé les pratiques de travail en entreprise. L’environnement de travail en entreprise a également profondément évolué depuis vingt ans. Les espaces de travail des salariés se sont ouverts en « open-space » pour augmenter la stimulation des individus et répondre à un impératif de performance. Cette organisation de travail répond à de nouveaux modes de contrôle du travail et engendre aussi une sursollicitation des individus.

En effet, un nombre toujours plus grandissant d’informations doit être traité chaque jour, dans un flux continu. Les salariés sont exposés à un volume informationnel quotidien qui sollicite leur attention parfois au prix d’un très gros effort mental. L’activité cérébrale est alors en surcharge, en « hypertension », et si cet effort est prolongé sur des durées trop longues, ou répétées excessivement, alors un état de stress se déclenche pour devenir chronique.

Il est intéressant de faire la corrélation entre cette surcharge mentale constatée depuis ces deux dernières décennies et les syndromes de « burn out » qui ont explosé dans les entreprises.

Le « burn-out », terme anglo-saxon, peut se traduire en français par état de rupture dans le fonctionnement physique et mental d’une personne au travail. Ce décrochage arrive le plus souvent suite à une période de surmenage, de stress et de nervosité chronique, d’anxiété intense, poussant la personne dans un épuisement physique et psychique profond. On constate assez souvent que les personnes ayant vécu cet état de saturation sont souvent des salariés perfectionnistes, passionnés par le travail, mais aussi surinvestis à la tâche. L’effondrement de la personne peut survenir brutalement un matin avant de partir au travail pour ne plus pouvoir ensuite reprendre son poste de travail.

L’étude de ce syndrome d’épuisement professionnel a montré qu’il existe plusieurs causes possibles dont les plus fréquentes sont : une pression continue induite par des impératifs de productivité et de performance individuelle, l’absence de reconnaissance et de soutien face à un engagement professionnel intense, des relations de communication et un environnement de travail dégradés. De plus en plus de salariés de tout secteur sont touchés par ces syndromes d’épuisement professionnel que sont non seulement le « burn-out » mais aussi les nouvelles formes qui ont vu le jour ces quinze dernières années : « le bore-out » (1) et le « brown-out ».

Une étude réalisée en 2019, avant la crise du coronavirus, par le cabinet de conseil Ayming (2), auprès de 45 000 entreprises du secteur privé, a montré une hausse de 34 % de l’absentéisme chez les trentenaires entre 2017 et 2019. Cette augmentation est due à un accroissement des arrêts maladie de longue durée (plus de 3 mois) pour cause d’épuisement professionnel.

Les entreprises touchées par un absentéisme important se soucient généralement d’en comprendre les causes. Chaque année un baromètre français est diffusé vers les DRH pour les sensibiliser à cette problématique qui coûte cher aux entreprises. Un taux d’absentéisme moyen est communiqué annuellement en France vers les entreprises, celui-ci est considéré comme acceptable s’il se situe aux environ de 5%. Néanmoins chaque entreprise doit prendre en compte plusieurs facteurs pour déterminer si son taux d’absentéisme est problématique (type de poste, cause, période, etc). Les conséquences de l’absentéisme pour l’entreprise sont multiples : affaiblissement de la productivité de l’entreprise, impacts négatifs sur l’organisation du travail, perturbation de la motivation générale des salariés en raison de la charge qui doit être redistribuée, surcoûts dus aux remplacements…

Les entreprises souhaitant agir sur leur taux d’absentéisme sont amenées à faire un état des lieux pour pouvoir en identifier les causes. Cette démarche s’inscrit le plus souvent dans le cadre d’un audit global pour l’amélioration de la qualité de vie au travail dans l’entreprise.

Un « baromètre RH 2021 » diffusé tout récemment révèle des perspectives qui ne devraient pas participer à des améliorations des conditions de travail. Une lecture fine du rapport amène à faire ce constat : l’objectif des entreprises serait de « faire plus avec moins ». Le paradoxe convenu est d’accroître le chiffre d’affaire de l’entreprise, en réduisant drastiquement les recrutements, et en limitant les investissements, bien que l’innovation reste une nécessité pour leur pérennité dans un monde hyper-concurrentiel, avec toujours plus de robotisation des tâches.

Dans un tel contexte, le triptyque suivant est-il concevable : « le bien-être des salariés, leur engagement dans la performance, et la solidité économique » ?

A l’aube des processus exécutés massivement par les systèmes d’intelligence artificielle, avec l’accélération des traitements instantanés propre à la néoproductivité des algorithmes (3), comment arriver humainement dans un tel contexte du « toujours-plus » à freiner et à modérer son temps de travail, à diminuer son nombre d’actions quotidiennes pour équilibrer sa vie professionnelle et personnelle, et ainsi éviter les déferlantes d’épuisements physiques et psychiques au travail ?

(1) Étude de cas THOTLOG sur le « bore-out » à lire ici

(2) Source Ayming. « 12 ème Baromètre de l’Absentéisme et de l’Engagement 2020 »

(3) « Intelligence Artificielle : comment l’intégrer au sein de votre entreprise ? » 7 mai 2021 – https://www.objetconnecte.com/intelligence-artificielle-integrer-entreprise/